À l’éternel madame

Tristan Corbière

Les Amours jaunes — 1873

Mannequin idéal, tête-de-turc du leurre, Éternel Féminin !… repasse tes fichus ; Et viens sur mes genoux, quand je marquerai l’heure, Me montrer comme on fait chez vous, anges déchus. Sois pire, et fais pour nous la joie à la malheure, Piaffe d’un pied léger dans les sentiers ardus. Damne-toi, pure idole ! et ris ! et chante ! et pleure, Amante ! Et meurs d’amour !… à nos moments perdus. Fille de marbre ! en rut ! sois folâtre !… et pensive. Maîtresse, chair de moi ! fais-toi vierge et lascive… Féroce, sainte, et bête, en me cherchant un cœur… Sois femelle de l’homme, et sers de Muse, ô femme, Quand le poète brame en Âme, en Lame, en Flamme ! Puis – quand il ronflera — viens baiser ton Vainqueur !