Poètes et poétesses

Renée Vivien

Anglaise née à Londres, Renée Vivien (1877-1909) n'écrivit qu'en français : une langue apprise, choisie contre la sienne, et tenue jusqu'au bout.

Poétesse du Paris de 1900, figure du symbolisme finissant, surnommée « Sapho 1900 » pour avoir refait de Lesbos un lieu littéraire.

Elle naît à Londres le 11 juin 1877 sous le nom de Pauline Mary Tarn. Son père, homme d'affaires britannique, meurt en 1886 et lui laisse de quoi n'avoir jamais à gagner sa vie. L'enfance se partage entre Paris et Londres ; c'est le français qu'elle gardera. À vingt-deux ans elle s'installe avenue du Bois de Boulogne, dans un appartement au jardin japonais, et signe d'abord R. Vivien, puis René Vivien, avant de féminiser le prénom — ce qui explique que les bibliothèques la rangent encore parfois sous son nom d'état civil.

Le Paris des années 1900 lui donne ses attachements et ses ruptures. Sa liaison avec l'Américaine Natalie Clifford Barney est brève et orageuse ; elles s'écriront pourtant jusqu'à la fin. À partir de 1902 et six années durant, elle vit auprès de la baronne Hélène de Zuylen de Nyevelt, avec qui elle publie sous un nom commun, Paule Riversdale — une dizaine de volumes dont les spécialistes lui attribuent l'essentiel, sans pouvoir l'établir. La mort de son amie d'enfance Violet Shillito, en 1901, laisse dans toute l'œuvre une obsession de la violette.

Ce qui la distingue tient à un déplacement. Elle apprend le grec pour lire Sappho dans le texte, se rend plusieurs fois à Mytilène, et publie en 1903 un volume qui donne le grec, une traduction en prose, puis ses propres vers : Lesbos cesse d'être une allusion pour redevenir un lieu et une langue. André Billy la surnommera « Sapho 1900 ». Son époque y voit un scandale ; ce qui frappe aujourd'hui est ailleurs, dans l'écart entre une facture parfaitement classique — sonnets, chansons, alexandrins tenus — et ce que cette forme sage se permet de nommer. Peu de livres écrits en français avant 1910 disent le désir entre femmes sans le déguiser.

Les dernières années sont brèves et sombres : les dettes, l'alcool, le chloral, une tentative de suicide à Londres en 1908 dont elle sort affaiblie, le refus de se nourrir. Elle meurt à Paris le 18 novembre 1909, à trente-deux ans, et repose au cimetière de Passy. Petit Poème réunit 347 de ses poèmes, tirés des dix recueils qu'elle a signés de son nom, d'Études et Préludes (1901) au Vent des vaisseaux, paru douze ans après sa mort. N'y figurent ni sa prose, ni ses traductions du grec, ni les volumes signés Paule Riversdale.