Sonnet (J’aime la boue humide et triste où se reflète)

Renée Vivien

Évocations — 1903

J’aime la boue humide et triste où se reflète Le merveilleux frisson des astres, où le soir Revient se contempler ainsi qu’en un miroir Qui découvre à demi son image incomplète. J’aime la boue humide où la Ville inquiète Détache ses lueurs, blondes sur un fond noir, La Ville qui gémit sous un masque d’espoir Parmi le vin, les chants et les cris de la fête. Elle endure la foule aux pieds traînants et las. Elle subit l’empreinte anonyme des pas : Stagnante, elle croupit sur la route inféconde. Mais elle est l’Avenir des moissons, et les pleurs Du printemps en feraient une terre profonde, D’où jaillirait la grâce irréelle des fleurs.