Sonnet irrégulier (Il vaut mieux être vil que d’être estimé vil)

Renée Vivien

Sillages — 1908

Il vaut mieux être vil que d’être estimé vil… Quels sont ces espions de ma pauvre nature Dont je suis à la fois la dupe et la pâture Et dont l’arrêt prescrit l’irrévocable exil ? Quels sont ces espions en effet ? Que faut-il Faire pour contenter ceux-là ? Quelle pâture Leur jeter ? Que sont-ils ? et de quelle nature, Ceux-là qui m’ont jugé, disant que je suis vil ? Pour moi je ne connais ni leurs noms ni leurs faces, Mais je les sais trompeurs et petits et voraces Et n’ayant que l’amour des gloires et du bien. Moi qui vis au milieu des hommes et des femmes Pourtant, et ne devrais plus m’ébahir de rien, Je demeure étonné devant ces pauvres âmes.