Attente

Renée Vivien

À l’heure des mains jointes — 1906

En cette chambre où meurt un souvenir d’aveux, L’odeur de nos jasmins d’hier s’est égarée… Pour toi seule, je me suis vêtue et parée Et pour toi seule, j’ai dénoué mes cheveux. J’ai choisi des joyaux… Ont-ils l’heur de te plaire ? Dans mon cœur anxieux quelque chose s’est tu… Comment t’apparaîtrai-je et que me diras-tu, Amie, en franchissant mon seuil crépusculaire ? Des violettes et des algues vont pleuvoir À travers le vitrail violet et vert tendre… Je savoure l’angoisse idéale d’attendre Le bonheur qui ne vient qu’à l’approche du soir. En silence, j’attends l’heure que j’ai rêvée… La nuit passe, traînant son manteau sombre et clair… Mon âme illimitée est éparse dans l’air… Il fait tiède et voici : la lune s’est levée.