Le Dernier Dieu

Renée Vivien

Le Vent des vaisseaux — 1921

Cruel, impérieux, malveillant et funeste Seul, entre les Dieux morts, il ressurgit et reste Le Dernier Dieu, ce Dieu trois fois maudit, l’Amour ! Pourquoi s’attarde-t-il en ce nouveau séjour Et n’a-t-il point suivi les Divinités mortes Qu’on vénérait jadis, belles, grandes et fortes ! Pourquoi ne suivit-il, vers l’ombre de l’oubli, Aphrodite impuissante et Zeus au front pâli ? Pourquoi ce dernier Dieu survit-il sur la terre ? Son visage entrevu dans l’ombre est un mystère, Dans cette ombre du temple où brûle un feu latent. Autour de lui la foule implore, prie, attend… Ah ! détourne de moi ta colère et ta haine, Ô Dieu ! dont on subit la rancune lointaine Qui s’éveille ou s’endort au hasard de ta haine ! Ne me hait point, ô Dieu ! mais prends pitié de moi, Car je te dédierai mon ardeur et ma foi. Ô dernier Dieu ! le plus puissant ! Pardonne-moi !…