L’Aurore vengeresse

Renée Vivien

La Vénus des aveugles — 1904

L’aube, dont le glaive reluit, Venge, comme une blanche Électre, La fiévreuse aux regards de spectre, Dupe et victime de la nuit… Vers l’horreur des étoiles noires Montent les funèbres accords… Sur la rigidité des morts Veillent les lys expiatoires. L’ombre aux métalliques reflets Engourdit les marais d’eau brune, Et voici que s’éteint la lune Dans le rire des feux follets. Ta chevelure est une pluie D’or et de parfums sur mes mains. Tu m’entraînes par les chemins Où la perversité s’ennuie. J’ai choisi, pour ceindre ton front, La pierre de lune et l’opale, L’aconit et la digitale, Et l’iris noir d’un lac profond. Volupté d’entendre les gouttes De ton sang perler sur les fleurs !… Les lys ont perdu leurs pâleurs Et les roses s’empourprent toutes…