Détrônée

Renée Vivien

Haillons — 1910

La Reine détrônée est triste en son palais… Où sont les chants légers, les parfums et les voiles Et les manteaux brodés de roses et d’étoiles ? Où sont les harpes d’or et les fleurs et les lais ? La Reine détrônée en la salle du trône Est très triste… Elle sait que, dès le lendemain, L’Ordre s’accomplira… Nulle loyale main N’assistera l’exil faible et lent d’une aumône ! Elle a pris le chemin qui mène vers l’oubli. Et le manteau royal, la sainte bandelette Ne l’entoureront plus de splendeur violette. L’or roux ne ceindra plus ce front triste et pâli… Il ne demeure plus de la grandeur sereine D’autrefois, de la vie emplissant les palais De pierre inaltérable, et des fleurs et des lais, Que cette majesté dernière : Je fus reine !