Hymne à la Lenteur

Renée Vivien

Sillages — 1908

Parmi les thyms chauffés et leur bonne senteur Et le bourdonnement d’abeilles inquiètes, J’élève un autel d’or à la bonne Lenteur Amie et protectrice auguste des poètes. Elle enseigne l’oubli des heures et des jours Et donne, avec le doux mépris de ce qui presse Le sens oriental de ces belles amours Dont le songe parfait naquit dans la paresse. Daigne nous inspirer le distique touchant Qui réveille en pleurant la mémoire dormante, Ô Lenteur ! toi qui rends plus suave un beau chant Mélancolique et noble et digne de l’amante ! Inspire les amours, toi qui sais apaiser, Retenir plus longtemps et rendre plus vivace Et plus suave encore un suave baiser, Et révèles la gloire entière de la face. Nous ployons devant toi nos dociles genoux, La contemplation nous étant chère encore… Puisque nous t’honorons, demeure parmi nous, Toi que nous adorons, ô Lenteur que j’adore !