Louise Labé
Surnommée la Belle Cordière, Louise Labé (v. 1524-1566) pressa les femmes de son siècle d'élever leur esprit au-dessus de leurs quenouilles.
Poétesse lyonnaise de la Renaissance, la voix féminine la plus ample du XVIe siècle français, et l'une des premières à publier ses vers sous son nom.
Elle naît à Lyon vers 1524, dans une famille de cordiers aisés. Son père, Pierre Charly, dit Labé, lui fait donner une éducation que peu de filles reçoivent alors : latin, italien, musique, équitation. Elle épouse vers 1544 Ennemond Perrin, cordier comme son père — d'où le surnom de Belle Cordière, qui la suivra et servira aussi à la salir.
Lyon est alors la seconde ville du royaume et le foyer d'un cercle savant où se croisent Maurice Scève, Pernette du Guillet et les imprimeurs qui font la fortune de la ville. C'est chez l'un d'eux, Jean de Tournes, que paraissent en 1555 les Euvres de Louize Labé Lionnoize : un débat en prose entre la Folie et l'Amour, trois élégies, vingt-quatre sonnets, et vingt-quatre poèmes d'autres auteurs à sa louange.
Le volume s'ouvre sur une épître à Clémence de Bourges qui vaut manifeste. Elle y presse les femmes d'élever leur esprit au-dessus de leurs quenouilles et de leurs fuseaux, et de ne plus laisser aux hommes le monopole du savoir et de l'écriture. Les sonnets qui suivent disent le désir sans détour ni allégorie — « Je vis, je meurs », « Tant que mes yeux pourront larmes épandre » —, ce qu'aucune femme n'avait alors publié sous son nom en France.
Cette liberté lui coûte. Calvin la traite de courtisane, les libelles suivent, et sa réputation mettra trois siècles à se refaire. Elle meurt le 25 avril 1566 à Parcieux-en-Dombes, après s'être retirée de Lyon. Rilke traduira ses sonnets en allemand ; les romantiques, puis les féministes du XXe siècle, en feront une figure.
En 2006, Mireille Huchon a soutenu que Louise Labé n'aurait jamais écrit une ligne et serait une fiction montée par un cercle de poètes lyonnais. La thèse a fait du bruit ; elle reste minoritaire et vivement contestée.
Petit Poème réunit 26 de ses pièces, les trois élégies et vingt-trois des vingt-quatre sonnets — le premier est en italien. Le texte est celui de 1555, dans sa graphie d'origine, en cours de modernisation éditoriale : nous modernisons nous-mêmes depuis l'original, que nous conservons, plutôt que d'emprunter une modernisation anonyme et sans provenance.
- Après qu’un temps la grêle et le tonnerre…
- Au temps qu’Amour, d’hommes et Dieux vainqueur
- Baise m’encor, rebaise moi et baise…
- Claire Venus, qui erres par les Cieux…
- D’un tel vouloir le serf point ne désire
- Depuis qu’Amour cruel empoisonna…
- Deus ou trois fois bienheureux le retour…
- Diane étant en l’épaisseur d’un bois…
- Je fuis la vile, et temples et tous lieux…
- Je vis, je meurs: je me brûle et me noie…
- Las ! que me sert, que si parfaitement…
- Luisant Soleil, que tu es bien heureux…
- Lut, compagnon de ma calamité…
- Ne reprenez, Dames, si j’ai aimé
- Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés
- Ô doux regards, ô yeux pleins de beauté…
- Ô longs désirs, ô espérances vaines…
- Oh si j’étais en ce beau sein ravie…
- On voit mourir toute chose animée…
- Pour le retour du Soleil honorer…
- Prédit me fut, que devais fermement…
- Quand j’aperçois ton blond chef couronné…
- Quand vous lirez, ô Dames Lyonnaises
- Quelle grandeur rend l’homme vénérable ?…
- Tant que mes yeux pourront larmes épandre…
- Tout aussi tôt que je commence à prendre…