Ne reprenez, Dames, si j’ai aimé

Louise Labé

Élégies et Sonnets — 1555

Ne reprenez, Dames, si j’ai aimé : Si j’ai senti mille torches ardentes, Mille travaux, mille douleurs mordantes : Si en pleurant j’ai mon temps consumé, Las que mon nom n’en soit par vous blâmé. Si j’ai failli, les peines sont présentes. N’aigrissez point leurs pointes violentes : Mais estimés qu’Amour, à point nommé, Sans votre ardeur d’un Vulcan excuser, Sans la beauté d’Adonis accuser, Pourra, s’il veut, plus vous rendre amoureuses. En ayant moins que moi d’occasion, Et plus d’étrange et forte passion. Et gardez vous d’être plus malheureuses.