Tout aussi tôt que je commence à prendre…
Louise Labé
Élégies et Sonnets — 1555
Tout aussi tôt que je commence à prendre
Dents le mol lit le repos désiré,
Mon triste esprit hors de moi retiré
S’en va vers toi incontinent se rendre.
Lors m’est avis que dedans mon sein tendre
Je tiens le bien, ou j’ai tant aspiré,
Et pour lequel j’ai si haut soupiré ;
Que de sanglots ai souvent cuidé fendre.
Ô doux sommeil, ô nuit à moi heureuse !
Plaisant repos, plein de tranquillité,
Continuez toutes les nuits mon songe :
Et si jamais ma pauvre ame amoureuse
Ne doit avoir de bien en vérité.
Faites au moins qu’elle en ait en mensonge.