On voit mourir toute chose animée…
Louise Labé
Élégies et Sonnets — 1555
On voit mourir toute chose animée,
Lors que du corps l’ame subtile part :
Je suis le corps, toi la meilleure part :
Ou es tu donc, ô ame bien aimée ?
Ne me laissez pas si long temps pâmée,
Pour me sauver après viendrais trop tard.
Las, ne mets point ton corps en ce hasard :
Rends lui sa part et moitié estimée.
Mais fais, Ami, que ne soit dangereuse
Cette rencontre et revue amoureuse,
L’accompagnant, non de sévérité.
Non de rigueur : mais de grace amiable,
Qui doucement me rende ta beauté,
Jadis cruelle, à présent favorable.