Je fuis la vile, et temples et tous lieux…

Louise Labé

Élégies et Sonnets — 1555

Je fuis la vile, et temples et tous lieux, Esquels prenant plaisir à t’ouïr plaindre, Tu peux, et non sans force, me contraindre De te donner ce qu’estimais le mieux. Masques, tournois, jeux me sont ennuyeux, Et rien sans toi de beau ne me puis peindre : Tant que tâchant à ce désir éteindre, Et un nouvel objet faire à mes yeux, Et des pensers amoureux me distraire, Des bois épais suis le plus solitaire : Mais j’aperçois, ayant erré maint tour, Que si je veux de toi être délivre, Il me convient hors de moymesme vivre. Ou fais encor que loin sois en séjour.