Deus ou trois fois bienheureux le retour…

Louise Labé

Élégies et Sonnets — 1555

Deus ou trois fois bienheureux le retour De ce clair Astre, et plus heureux encore Ce que son œil de regarder honore. Que celle là recevrait un bon jour, Qu’elle pourrait se vanter d’un bon tour Qui baiserait le plus beau don de Flore, Le mieux sentant que jamais vid Aurore, Et y ferait sur ses lèvres séjour ! C’est à moi seule à qui ce bien est du, Pour tant de pleurs et tant de temps perdu : Mais le voyant, tant lui ferai de fête, Tant emploierai de mes yeux le pouvoir, Pour dessus lui plus de crédit avoir, Qu’en peu de temps ferais grande conquête.