Ô longs désirs, ô espérances vaines…

Louise Labé

Élégies et Sonnets — 1555

Ô longs désirs, ô espérances vaines, Tristes soupirs et larmes coutumières A engendrer de moi maintes rivières, Dont mes deus yeux sont sources et fontaines : Ô cruautés, ô durtez inhumaines, Piteux regards des célestes lumières : Du cœur transi ô passions premières, Estimés-vous croître encore mes peines ? Qu’encor Amour sur moi son arc essaie, Que nouveaux feux me jette et nouveaux dards : Qu’il se dépite, et pis qu’il pourra face : Car je suis tant navrée en toutes part, Que plus en moi une nouvelle plaie, Pour m’empirer ne pourrait trouver place.