Diane étant en l’épaisseur d’un bois…

Louise Labé

Élégies et Sonnets — 1555

Diane étant en l’épaisseur d’un bois, Après avoir mainte bête assenée, Prenait le frais, de Nymphes couronnée : J’allais rêvant comme fais maintefois, Sans y penser : quand j’ouï une vois, Qui m’appela, disant, Nymphe étonnée, Que ne t’es tu vers Diane tournée ? Et me voyant sans arc et sans carquois, Qu’as tu trouvé, ô campagne, en ta voie, Qui de ton arc et flèches ait fait proie ? Je m’animai, réponds je, à un passant, Et lui jetai en vain toutes mes flèches Et l’arc après : mais lui les ramassant Et les tirant me fit cent et cent brèches.