Poètes et poétesses

Hélène Picard

Hélène Picard (1873-1945), secrétaire et amie de Colette, passa des éloges de la campagne aux bars mal famés, avant de s'enfermer chez elle pour finir.

Poétesse française née à Toulouse, l'une des voix en vue de la génération de 1900, puis chroniqueuse en vers des nuits parisiennes.

Née Hélène Dumarc le 1er octobre 1873, elle se fait d'abord remarquer dans le Midi, où l'Académie des Jeux floraux de Toulouse la couronne deux fois. Installée à Privas, en Ardèche, elle publie en 1903 un drame lyrique, La Feuille morte, qui passe inaperçu. C'est le tournoi de poétesses du magazine Femina qui la révèle : elle le remporte en 1904 avec un hommage à George Sand.

Après deux échecs à des prix nationaux en 1906, elle donne l'année suivante L'Instant éternel, applaudi par la critique et récompensé du prix Archon-Despérouses. Elle appartient alors au premier rang des poétesses de son temps, aux côtés de Lucie Delarue-Mardrus, Renée Vivien, Anna de Noailles et Marie Dauguet — un moment de l'histoire littéraire française où les femmes publient beaucoup, et sont lues. Le succès dure peu : Petite ville… Beau pays… (1907), Fresques (1908) et les deux tomes des Souvenirs d'enfance (1911 et 1913) passent presque inaperçus.

Elle quitte l'Ardèche vers 1919 pour Paris, où elle devient la secrétaire de Colette. De là naît une amitié qui durera jusqu'à sa mort : la romancière la loge, la soutient, l'influence, et se laisse conseiller en retour. Un roman, Sabbat, paraît en 1923 avec une préface de Colette. Une passion sans retour pour Francis Carco lui inspire son dernier recueil, Pour un mauvais garçon (1927), que la critique remarque pour sa rupture de ton.

C'est là ce qui la distingue : deux manières nettement séparées. Elle a d'abord chanté la campagne et sa simplicité en vers de forme classique ; elle prend ensuite pour décor les bars et les quartiers mal famés de la capitale, avec une liberté et une crudité qui lui appartiennent. La mélancolie, l'idéalisme et l'amour — parfois ouvertement charnel — traversent les deux périodes.

Dépressive, rongée par les rhumatismes, elle finit recluse dans son appartement et meurt le 1er février 1945. Colette lui consacre aussitôt un article, repris dans L'Étoile Vesper. Elle avait reçu les prix Archon-Despérouses, Botta et de La Renaissance, et la Légion d'honneur. Petit Poème réunit les 105 pièces de L'Instant éternel, le recueil qui l'a fait connaître.