La douceur suprême

Hélène Picard

L’Instant éternel — 1907

Tout m’est de la douleur à travers ma douleur, La splendeur de l’espace, Et le rythme plus large et plus grand de mon cœur Quand la musique passe. Tout fait ombre à mon âme, et le soir m’est amer Et longue l’heure brève, Et poignant le désir qui m’apporte la mer Et le vent de la grève. Oh ! triste, triste cœur, il n’est pour toi plus rien, Ni mieux, ni plus, ni pire, Tu fus maudit d’avoir convoité pour tout bien La beauté d’un sourire. Il n’est pour toi plus rien… Ah ! mon cœur, c’est trop peu… Et pour ce, pleure, pleure… Ou, plutôt, las et fier, sous le ciel dur et bleu, Écoute sonner l’heure. Ta détresse est si grande et ton chagrin si fort Qu’au sort je t’abandonne, Attends austèrement le vouloir de la mort Et la saison d’automne. Attends… Il te viendra, pourtant, cette douceur Que rien ne peut te prendre, La douceur, cœur souffrant, de n’être plus un cœur Et de ne plus t’entendre…