Que j’aime ouvrir mon cœur

Hélène Picard

L’Instant éternel — 1907

Que j’aime ouvrir mon cœur par ces matins suaves Où la montagne rit dans une neuve odeur, Où je vois, droits et beaux, dans la rose lueur, Les arbres écouter le long sanglot des gaves !… Avec l’air des sommets je bois la vérité, Mon âme est de cristal comme le paysage, Et l’ancienne douleur qui pâlit mon visage Se dore de sagesse et s’emplit de clarté. Je fais l’exacte part des bonheurs et des peines, À tel rêve je donne un plus précis contour, Et, calme, en plein azur, j’isole mon amour Des rancœurs, des ardeurs qui furent trop soudaines. J’apaise les espoirs, les courroux insensés, Je pèse, j’établis, je compte, je mesure, Mon cœur devient lucide au souffle de l’eau pure… Maintenant, seulement, je vous vis, jours passés !…