Jamais il ne m’a dit

Hélène Picard

L’Instant éternel — 1907

Jamais il ne m’a dit : « Je suis ton bien-aimé, Je suis ton cœur, ta joie éclose, Penchons-nous l’un vers l’autre, en un souffle embaumé Moi le silence, toi la rose… » Jamais il n’est venu sur ma porte s’asseoir, Si beau d’avoir vu la vallée… Et d’avoir regardé flotter l’ombre du soir Et ma chevelure étoilée. Jamais il ne m’a dit : « Je suis ton bien-aimé, Ton heure entre toutes choisie, Mon âme est près de toi comme un livre fermé Où bourdonne la poésie. » Je ne dois plus le voir et, pourtant, ô douleur, Je lui suis à jamais fidèle, Je l’attends… et, pourtant, il est mort pour mon cœur Comme pour l’hiver l’hirondelle. Entre nous a passé l’inexorable adieu, Un temps sans heures, sans limite… Je ne sais même pas, pour le montrer à Dieu, Quel est le pays qu’il habite. Jamais il ne m’a dit : « Ô ma grâce, ô ma sœur, Toi qui connais le meilleur charme, Toi qui dois me quitter, garde-moi la douceur D’une pensée et d’une larme… » Jamais il ne m’a dit : « Je suis ton bien aimé… » Et pourtant, et pourtant, il est mon bien-aimé !…