Poètes et poétesses

Antoinette Quarré

Lingère à Dijon, poète malgré tout : Antoinette Quarré (1813-1847) a publié un seul livre, et Lamartine lui a répondu en vers.

Poétesse française, lingère de son métier, et l'une des rares voix ouvrières du corpus.

Elle naît le 16 janvier 1813 à Recey-sur-Ource, en Côte-d'Or, et vit à Dijon. Elle est lingère — elle coud pour vivre, et elle écrit le reste du temps, d'une santé fragile qui ne lui laissera pas trente-cinq ans. Elle apprend seule, ou presque : un érudit de la ville, le baron de Belloguet, l'instruit ; la légende locale veut qu'elle ait appris à lire dans la *Zaïre* de Voltaire.

En 1838, elle envoie ses vers à Lamartine. **Il lui répond le 24 août par un poème**, « À une jeune fille poète », qu'il recueillera dans ses *Recueillements poétiques* — il y peint la couturière à sa fenêtre, l'aiguille abandonnée, le front qui « comprime une ame qui veut naître ». Elle lui réplique par sa propre « Réponse à M. de Lamartine », qui est au corpus. L'année suivante, son élégie sur la mort de la princesse Marie d'Orléans lui vaut une mention de la Société des lettres et des arts de Seine-et-Oise.

Son unique recueil, les *Poésies d'Antoinette Quarré*, paraît à Dijon en 1843 et fait un certain bruit. On y trouve ce qu'une vie contrainte donne à écrire : des élégies de deuil, des odes de circonstance à la Reine et au Roi, des pièces adressées — à un ami, à un perroquet, à un petit bouquet de fleurs des prés —, et « À Dijon », l'hommage de quatorze strophes où elle appelle par leur nom les gloires de sa ville, Bossuet, Crébillon, Piron, Rameau, Rude.

Elle meurt à Dijon le 25 novembre 1847, d'une hypertrophie du cœur, et repose au cimetière des Péjoces.

Petit Poème réunit 39 de ses poèmes, depuis le scan validé de l'édition de 1843. Deux pièces du volume restent dehors parce qu'elles ne sont pas d'elle : « Les Giroflées », de Joseph Petasse, et l'épître de Lamartine — un recueil d'auteur « ouvrier » se présentait alors sous le patronage de plus grand que soi, et le livre imprime aussi ceux qui l'introduisent.