Vœux

Antoinette Quarré

Poésies — 1843

Oh ! s’il m’était donné d’être brillante et belle, D’avoir de longs cheveux en noirs anneaux flottans, Et de riches joyaux où la perle se mêle Aux rubis éclatans ; Une taille élancée, aux formes ravissantes, Au doux balancement, au contour gracieux, Et puis de frais atours, des robes élégantes À longs replis soyeux ; L’éclat d’un noble nom, l’attrait plus cher encore D’un regard enchanteur par l’amour embelli, Aussi pur que les cieux quand l’astre qui les dore Sur le soir a pâli ; Et de vastes salons où, joyeuse et parée, Régnant sur tous les cœurs de mes charmes épris, Je verrais, dans les yeux de la foule enivrée, Mes triomphes écrits ! Puis je voudrais avoir, au rang de mes conquêtes, Des héros, des vainqueurs, beaux de gloire et d’amour, Des princes conviés à mes brillantes fêtes, Et des rois à ma cour. Mais, pour tous ces amants insensible et sévère, À celui que j’aimais gardant toujours ma foi, Aimante avec lui seul, avec les autres fière, Je serais toute à toi ! Et mon cœur, dédaignant la royale tendresse, L’amour des nobles ducs et celui des guerriers, Pour un de tes baisers ou pour une caresse, Donnerait volontiers Ces biens dont la pensée est trop peu pour mon âme, Tous ces dons éclatants, pleins de frivolité, Et ne voudrait garder que d’une simple femme La touchante beauté.