À un petit Bouquet de fleurs des prés

Antoinette Quarré

Poésies — 1843

De ton parfum doux et sauvage Que je m’enivre avec plaisir, Bouquet charmant, aimable gage De tendresse et de souvenir ! Chacun t’admire, et j’en suis fière ; Oh ! conserve bien ton éclat, Ta fraîcheur vive et printanière, Ton charme simple et délicat. Au bord d’une eau limpide et pure, Loin des regards profanateurs, Le sein fécond de la nature Vous fit naître, modestes fleurs. Ainsi, dans une ame candide, Naissent les tendres sentimens, L’amour discret, l’espoir timide, Les rêves doux et caressans. De nos jardins les fleurs brillantes Parent le front de la beauté, Et sur leurs tiges élégantes Se balancent avec fierté. Mais pour l’ondine gracieuse, Jouant la nuit au sein des eaux, Vous, guirlande mystérieuse, Vous vous cachez sous les roseaux ; Et ses pieds blancs qu’elle entrelace Aux joncs verdoyans et fleuris, Foulent, sans y laisser de trace, Le frais émail de vos tapis ; Et des baisers qu’on lui dérobe Vous connaissez tous les secrets, Quand, dénouant la verte robe Qui flotte autour de ses attraits, Un jeune sylphe la lutine, Et, consumé de tendres feux, Sur son cou léger, qui s’incline, Boit les perles de ses cheveux ; Puis, l’entraînant faible et charmée Hors de l’onde aux flots murmurans, Lui fait une couche embaumée De vos calices odorans.