Poètes et poétesses

Louise Colet

Quatre fois primée par l'Académie française, Louise Colet (1810-1876) ne survit dans les mémoires que comme la maîtresse de Flaubert.

Poétesse provençale montée à Paris sous Louis-Philippe, salonnière, romancière, polémiste, et l'une des rares femmes de son temps à vivre de sa plume.

Louise Révoil naît à Aix-en-Provence le 15 septembre 1810, fille d'un directeur des postes. Le 5 décembre 1834, à Mouriès, elle épouse le musicographe Hippolyte Colet et monte avec lui à Paris. Un an plus tard, l'Académie française couronne ses premiers vers : deux mille francs, et une entrée dans le monde.

Elle tient un salon rue Bréda, où passent Hugo, Musset et Baudelaire. Elle est la maîtresse du philosophe Victor Cousin, puis, de 1846 à 1855, celle de Gustave Flaubert — à qui l'on doit la plus célèbre correspondance de la littérature française, écrite pour elle et publiée sans elle. En 1840, le journaliste Alphonse Karr ayant attribué publiquement sa grossesse à Cousin, elle se rend chez lui et le frappe d'un couteau de cuisine ; il n'en garde qu'une égratignure, et l'anecdote lui survivra mieux que ses vers.

Le paradoxe de sa carrière tient là. L'Académie française la couronne quatre fois — Le Musée de Versailles (1839), Le Monument de Molière (1843), La Colonie de Mettray (1852), L'Acropole d'Athènes (1854) —, et la postérité ne retient d'elle que ce que les hommes de sa vie en ont dit. Flaubert, après leur rupture de 1856, a méthodiquement dénigré l'œuvre de son ancienne maîtresse. Les recueils, eux, existent : Fleurs du Midi (1836), puis Penserosa, à la charnière de la décennie suivante, où le vers se fait plus sombre et plus politique.

Elle publie ensuite des biographies, des romans et des récits de voyage — La Jeunesse de Goethe (1839), Enfances célèbres (1854), Promenade en Hollande (1859), Lui (1859), où elle raconte Musset, Les Derniers Marquis (1866). Elle fréquente les milieux fouriéristes, écrit sur les colonies pénitentiaires et prend parti pour les républicains italiens.

Elle meurt le 8 mars 1876 à son domicile parisien de la rue des Écoles et repose au vieux cimetière de Verneuil-sur-Avre. Petit Poème donne 47 de ses poèmes : 36 des Fleurs du Midi et 11 de Penserosa, dont « Ma poésie » et « Les orphelins de Palerme ».