Pétrarque

Louise Colet

Fleurs du midi — 1836

Ce torrent, qui bondit, et jette Son écume de neige et d'or, Etait l'emblème du poète, Quand sa muse prenait l'essor. A ces bords sa gloire s'allie ; Son ombre, est le Dieu de ces eaux : Mais, le chantre de l'Italie N'éveillera plus ces échos ! Quand, sur cette onde diaphane, Se reflètent les feux du soir, Quand, dans les cieux la lune plane, Barde divin, je crois te voir ! Je t'évoque, je te supplie... Et tout reste dans le repos ; Car, le chantre de l'Italie N'éveillera plus ces échos ! De la lyre, qui chanta Laure, Nul n'a recueilli les débris ; Les Dieux, que cette lyre adore, Parmi nous ont été proscrits : On vous a traînés dans la lie, Amour, liberté, noms si beaux ! Ah ! le chantre de l'Italie N'éveillera plus ces échos ! Sa voix énergique, et suave, Se fit entendre tour-à-tour, Défendant sa patrie esclave, Ou chantant ses rêves d'amour. Mais aujourd'hui, Rome avilie, Revendique en vain des héros : Non, le chantre de l'Italie N'éveillera plus ces échos ! Plus de Rienzi, plus de Colonne. Plus de grand homme inspirateur ; De Capitole, où l'on couronne Le poète triomphateur ; Plus de femme qu'on déifie, Ange, qui bénit nos travaux ; Oh ! le chantre de l'Italie N'éveillera plus ces échos. Adieu, rive qu'il a chantée, Rocher, d'où jaillirent ses vers, D'où sa poésie enchantée A pris son vol dans l'univers : Dans mes jours de mélancolie Souvent j'errais sur ces coteaux, Et le chantre de l'Italie Éveillait pour moi leurs échos.