Poètes et poétesses

Daniel Lesueur

Refusée en 1890 à la Société des gens de lettres parce qu'elle était une femme, Daniel Lesueur (1854-1921) en devint vice-présidente.

Poétesse, romancière et journaliste de la Belle Époque, lauréate de l'Académie française à six reprises, figure du féminisme littéraire.

Alice Jeanne Victoire Loiseau naît le 6 mars 1854 aux Batignolles, dans une famille protestante. Son père, ingénieur et inventeur, disparaît au début des années 1870 ; envoyée à Londres comme jeune fille au pair, elle rentre en France vers 1875, donne des leçons pour vivre et devient lectrice de l'académicien Cuvillier-Fleury. Parfaitement bilingue, elle traduira des poètes anglais.

Son nom de plume lui est imposé par son premier éditeur de romans, Calmann-Lévy : Daniel, pour le grand-oncle de sa mère, Daniel O'Connell, et Lesueur, nom de jeune fille de celle-ci. Elle ne l'aimait pas et le garda, en y ajoutant un trait d'union à la fin de sa vie.

Sa carrière est une suite de portes qu'on lui ferme puis qu'elle ouvre. En 1890, la Société des gens de lettres rejette sa candidature parce qu'elle est une femme ; la presse s'indigne, elle est admise l'année suivante, entre au comité en 1907 — la première femme depuis George Sand — et en est vice-présidente. En 1900, elle est la seule femme à la tribune du congrès du commerce et de l'industrie de l'Exposition universelle, où elle réclame l'égalité des salaires. Décorée de la Légion d'honneur la même année, elle est promue officier en 1913, cinquième femme à l'être depuis la création de l'ordre. Elle écrit dans La Fronde de Marguerite Durand et fait jouer des drames féministes, dont Hors du mariage.

En poésie, elle publie Fleurs d'avril chez Alphonse Lemerre, couronné par l'Académie française en 1883, et reçoit en 1885 le prix de poésie de l'Académie pour Sursum corda. Ses Poésies, en 1896, rassemblent ce travail en sept parties, des Visions divines aux Paroles d'amour : les Sonnets philosophiques y voisinent avec les poèmes intimes.

Mariée en 1904 à Henry Lapauze, conservateur du Petit Palais, elle se consacre pendant la guerre à l'Aide aux femmes de combattants, qu'elle a fondée. Elle meurt subitement au Petit Palais le 3 janvier 1921.