Paysage de Mai

Daniel Lesueur

Poésies — 1896

Mai sourit, de rayons prodigue, Sur les champs de jeunes blés verts, Sur les prés, où l'œil se fatigue, Ébloui par leurs tons divers. Dans la touffe de trèfle rose Éclate un bouton d'or en feu; La marguerite, large éclose, Est auprès du liseron bleu. De tous côtés la terre blonde Se montre nette et de niveau, N'attendant pour être féconde Que le don d'un germe nouveau. Au flanc des collines, barrière Élevée à notre horizon, Se creuse la blanche carrière, D'où va naître quelque maison. Le sentier poudreux se dessine, Courbé par un bouquet de bois. On sent un parfum d'aubépine, On entend bruire des voix. Et la campagne est solitaire; Ce chaud paysage d'été Est plein du rêve et du mystère De quelque monde inhabité. Dans sa demeure close et fraîche, Le paysan, les membres las, Fuit un instant l'haleine sèche Qui flétrit les derniers lilas. Mais parmi l'herbe déliée Où commence le sillon noir, Une charrue est oubliée: Voici la vie et le devoir.