Poètes et poétesses

Delphine de Girardin

À dix-huit ans l'Académie la couronnait, et Paris l'appelait la Muse de la patrie : Delphine de Girardin (1804-1855) fut poète avant d'être salon.

Poétesse, romancière, dramaturge et chroniqueuse française, figure centrale du Paris romantique et l'une des rares femmes à avoir vécu de sa plume.

Elle naît Delphine Gay le 24 janvier 1804 à Aix-la-Chapelle, fille de Sophie Gay, romancière et maîtresse d'un salon où l'enfant grandit au milieu des écrivains. L'apprentissage se fait donc à la maison, et il va vite : en 1822, à dix-huit ans, l'Académie française couronne son poème sur le dévouement des sœurs de Sainte-Camille pendant la peste de Barcelone. En 1826 elle obtient une pension royale de huit cents francs — la deuxième femme seulement à en recevoir une. On la surnomme la Muse de la patrie, et le surnom lui collera longtemps, y compris quand il servira à ne plus la lire.

Les Essais poétiques paraissent en 1824, les Nouveaux Essais poétiques en 1825, Le Dernier Jour de Pompéi en 1828. Elle épouse Émile de Girardin le 1er juin 1831 et devient, rue Saint-Georges, la maîtresse d'un des salons les plus fréquentés du siècle : Balzac, Hugo, Lamartine, George Sand, Gautier y viennent le mercredi. À partir de 1836, elle tient dans La Presse de son mari le « Courrier de Paris », chronique signée du nom d'un homme — le vicomte de Launay — qui fait sa célébrité pour douze ans.

Ce déplacement est ce qui rend son cas intéressant, et il est plus commun qu'on ne croit pour les femmes de ce siècle : c'est la chroniqueuse et la salonnière qu'on a retenues, la poétesse qu'on a laissée tomber. Son œuvre en vers est pourtant la première, et elle tient : une éloquence héritée de Delille et de Lamartine, mais tournée vers des sujets qui lui appartiennent — ce que coûte la beauté, ce que coûte de ne pas l'avoir. « Le Bonheur d'être belle » et « Le Malheur d'être laide » se répondent d'un poème à l'autre, et ils ne disent pas ce qu'on attend.

Elle se tourne vers le théâtre dans les années 1840 : L'École des journalistes (1839, interdite par la censure), Judith (1843), Cléopâtre (1847), Lady Tartuffe (1853), La Joie fait peur (1854). Elle meurt à Paris le 29 juin 1855, à cinquante et un ans. Ses Poésies complètes paraissent l'année suivante.

Petit Poème réunit huit de ses poèmes, tels que Wikisource les transcrit — dont « Ourika », « Corinne, aimée » et le diptyque du bonheur et du malheur. « Le Dernier Jour de Pompéi » en est absent : la seule transcription en ligne est trop abîmée pour être fidèle.