Victoire Babois
« Nous lirons malgré vous, et nous lirons très bien » : Victoire Babois (1760-1839) répondait en vers à qui déniait aux femmes le droit de juger.
Élégiaque française de l'Empire, connue de son siècle pour un deuil mis en vers, et d'une verve plus large qu'on ne l'a retenu.
Elle naît à Versailles le 6 octobre 1760, de Jean-Baptiste Babois et de Marguerite Lapoulide. En 1780, elle épouse Jacques-Nicolas Gosset. Leur fille Blanche meurt à cinq ans ; le couple divorce en 1793. Elle a trente-trois ans et n'a rien publié.
Sa famille la met au voisinage des lettres : sa sœur ayant épousé un fils de Jean-François Ducis, elle entre dans la parenté du poète et traducteur de Shakespeare. En 1806, elle rencontre le peintre Jean-Jacques Karpff, avec qui elle vivra jusqu'à la mort de celui-ci, en 1829 ; tous deux reposent au Père-Lachaise. Elle est la grand-tante du poète et éditeur Prosper Blanchemain.
Sa réputation tient à un livre : les Élégies maternelles, parues en 1804-1805 et réimprimées pendant une dizaine d'années, où la mort de Blanche est dite sans mythologie, par des objets, des heures, des gestes. Lebrun et Fontanes l'ont saluée, et le siècle l'a rangée parmi ses élégiaques avant de l'oublier avec eux. Mais la réputation est étroite. Ce qu'on lit d'elle aujourd'hui va de la chanson à l'épigramme, de la commande amicale au trait polémique — et le trait porte loin. « Mon sexe, dites-vous, déshérité des cieux » répond à qui refusait aux femmes jusqu'au droit de juger un livre : puisqu'on leur conteste l'art d'écrire, qu'on leur laisse au moins celui de lire, et elles liront très bien.
Elle meurt à Paris le 18 mars 1839, à soixante-dix-huit ans.
Petit Poème réunit 30 de ses poèmes, du deuil de « À ma fille décédée » à la riposte de « Mon sexe, dites-vous, déshérité des cieux ». La sélection ne provient pas d'un recueil unique : elle donne à entendre les deux registres à la fois.
- À celui qui a trouvé mon chien
- A ma fille
- À ma fille décédée
- À ma nièce Victoire
- À mon père qui vient de perdre sa mère
- Aimer pour aimer
- Aux charmes que sur toi nature a su répandre
- Chanson
- Charmante lyre
- D'où vient ce tourment plein de charmes
- Emma
- En lui envoyant mon portrait
- Épitaphe d'une vieille femme
- Ismène
- L'amour
- L'ennui de Léonore
- L'oiseau d'Alide
- La boîte à la malice
- La fantaisie
- La retraite
- La touchante amitié
- Le jour de son mariage
- Le jour de ton anniversaire
- Le jour du mariage
- Le rendez-vous
- Les musiciens ambulants
- Mon sexe, dites-vous, déshérité des cieux
- On est belle quand on plaît
- Quand vous exagérez même la vérité
- Sophie