Ismène

Victoire Babois

Loin du méchant qui sut lui plaire Ismène goûtait le repos : Elle avait retrouvé sa mère ; Elle avait oublié ses maux. Tandis qu'au fond d'un bosquet sombre Un soir elle dormait en paix, Son ingrat la cherchait dans l'ombre : Les méchants ne dorment jamais. D'Ismène désormais paisible Il regrettait le doux penchant ; Mais, aussi fière que sensible, Elle fit rougir le méchant. Ô Ta voix, dit-elle, en vain m'implore. Ah ! Fuis ce tranquille séjour. Que peux-tu m'arracher encore ? N'ai-je pas perdu mon amour ? Ô Jadis d'un perfide langage Mon cœur excusa les détours. Je t'aimai jaloux et volage ; Las ! Je voulais t'aimer toujours. Mais tu t'es plu dans ton délire A voir gémir l'amour en deuil. Regrette moins ce triste empire ; Il ne flattait que ton orgueil. Aujourd'hui tes vœux, ton audace, Tes cris, tes pleurs, sont superflus : Quand c'est le mépris qui le chasse, L'amour, hélas ! Ne renaît plus. D'un cœur peu fait pour la contrainte N'attends pas un lâche retour ; Tu ne devras point à la crainte Ce qui n'appartient qu'à l'amour. » Ainsi parlait la jeune Ismène ; Et je la vis quitter ces lieux. Du méchant, en gagnant la plaine, Ismène détournait les yeux. Jeunes beautés, plaignez sa peine : Peut-être, hélas ! Peut-être un jour Aurez-vous, aussi bien qu'Ismène, Le malheur d'accuser l'amour.