Aimer pour aimer

Victoire Babois

Rêvant aux métamorphoses Que les dieux faisaient jadis : « Belles se changeaient en roses, Disait l'aimable Doris. Heureux temps pour un cœur tendre ! S'il revenait un seul jour, Ce jour j'aimerais Silvandre, Sans redouter son amour. S'il cherchait un frais rivage, Je serais un clair ruisseau ; S'il cherchait un doux ombrage, Je serais un vert rameau. Je serais l'ami bien tendre Qui peut toujours le chercher ; Je deviendrais, pour l’entendre, Tout ce qui peut l'approcher. Sur ses pas, léger zéphire, J'aimerais à m'égarer ; Sur les lignes qu'il va lire Mon âme voudrait errer. De l'oiseau qui l'intéresse Bientôt je prendrais les traits, Et je changerais sans cesse Pour ne le quitter jamais. Mais d'une aimable bergère Voyant les traits enchanteurs, Ses yeux, sa taille légère, S'il aimait... cachant mes pleurs, Loin de l'objet qu'il adore J'irais porter ma douleur ; Et, pour le trouver encore, Je rentrerais dans mon cœur. »