Simone Weil
On la lit comme philosophe et l'on ignore ses vers : Simone Weil (1909-1943) a écrit neuf poèmes, publiés vingt-cinq ans après sa mort.
Philosophe, professeure et mystique, entrée ici par la porte la plus étroite de son œuvre.
Elle naît à Paris le 3 février 1909 dans une famille juive alsacienne, passe l'agrégation de philosophie à vingt-deux ans, et enseigne dans des lycées de province. Rien de tranquille : elle milite, écrit dans les revues syndicales, et décide que penser l'oppression sans la connaître ne vaut rien.
**En 1934 elle entre à l'usine.** Un an de chaîne chez Alsthom et chez Renault, où elle apprend, dit-elle, la faim, la fatigue et l'obéissance. En 1936 elle part en Espagne avec une colonne anarchiste. Entre 1936 et 1938 quelque chose se retourne : à Assise, puis en écoutant un chant grégorien à Solesmes, elle fait l'expérience d'une présence dont elle ne parlera plus qu'avec prudence. Elle ne se convertira jamais formellement, et restera l'une des figures les plus singulières de la mystique chrétienne du siècle.
L'exode la conduit à Marseille, puis à New York, puis à Londres, où elle travaille pour la France libre. Elle y rédige *L'Enracinement*. Elle meurt le 24 août 1943, à trente-quatre ans, dans un sanatorium d'Ashford, en Angleterre. Presque tout son œuvre paraît après elle — *La Pesanteur et la Grâce* (1947), *Attente de Dieu*, *L'Enracinement*.
Ses poèmes aussi. Ils sont neuf, écrits entre l'adolescence et les dernières années, et ils ne paraissent qu'en 1968. On y reconnaît ce qu'elle cherchait ailleurs en prose : dans « La Porte », des gens attendent devant une porte fermée, la forcent, renoncent — et la porte s'ouvre sur rien, c'est-à-dire sur l'espace et la lumière.