Louise Michel
Elle réclama la mort à ses juges, qui la déportèrent : Louise Michel (1830-1905) a écrit ses vers sur les barricades, en prison et au bagne.
Institutrice française, figure majeure de la Commune de Paris et de l'anarchisme, poétesse d'une œuvre en vers restée éparse.
Elle naît le 29 mai 1830 à Vroncourt-la-Côte, en Haute-Marne, fille naturelle d'une femme de chambre et d'un père que l'état civil ne nomme pas. Élevée au château par les grands-parents adoptifs de sa mère, elle y reçoit une instruction que sa naissance ne lui promettait pas. Elle obtient son brevet de capacité, ouvre une école libre à Audeloncourt en 1852, enseigne en Haute-Marne, puis monte à Paris en 1856 où elle dirige des écoles privées jusqu'en 1871.
La Commune fait d'elle autre chose qu'une institutrice républicaine. Présidente du Comité de vigilance des citoyennes du dix-huitième arrondissement dès novembre 1870, elle sert au 61e bataillon de Montmartre, ambulancière et combattante à Clamart, à Issy, à Neuilly, puis sur la barricade de Clignancourt pendant la Semaine sanglante. Arrêtée le 24 mai 1871, elle revendique tout devant le conseil de guerre et réclame la mort qu'on a donnée à ses camarades ; on la condamne à la déportation à vie. Elle passe sept ans en Nouvelle-Calédonie, de 1873 à 1880, où elle prend le parti des Kanak insurgés en 1878 — presque seule parmi les déportés — et recueille leurs légendes.
Sa poésie n'a jamais eu de volume qui la rassemble vraiment, et c'est ce qui la rend difficile à lire aujourd'hui : elle est dans les Mémoires, dans les plaquettes militantes, dans les revues, écrite en prison ou entre deux réunions publiques. Elle en tire sa force. « Les Œillets rouges », adressé en 1871 à Théophile Ferré avant qu'il ne soit fusillé, tient en seize vers l'adieu et le mot d'ordre : « D'autres vous reprendront aux temps qui vont paraître. » « La Danse des bombes », écrit en avril 1871, se chante sous la mitraille. « Chant de mort à mes frères », daté du 4 septembre 1871, est une prophétie de revenants — « Proscrits ou morts nous reviendrons ».
Amnistiée en 1880, elle reprend aussitôt la parole publique, arbore le drapeau noir en 1882, connaît de nouveau la prison, s'exile à Londres de 1890 à 1895. Elle publie La Misère (1882), les Légendes et chants de gestes canaques (1885), ses Mémoires (1886), À travers la vie, poésies (1894) et La Commune (1898). Elle meurt à Marseille le 9 janvier 1905, en tournée de conférences, et des milliers de personnes suivent son cercueil jusqu'à Levallois-Perret.
Petit Poème réunit cinq de ses poèmes, tels que Wikisource les transcrit : « Les Œillets rouges », tiré des Mémoires, « Chant de mort à mes frères », « La Danse des bombes », puis « La Source » et « La Nuit de la mort de Vaillant », parus dans La Revue anarchiste de mars 1930, vingt-cinq ans après sa mort.