Chant de mort à mes frères

Louise Michel

Sur le cadran brisé rapides vont les jours Passez toujours Emportez tout les haines les amours Passez passez heures journées Que l’herbe pousse sur les morts Tombez choses à peine nées Vaisseaux, éloignez-vous des ports Passez, passez ô nuits profondes Émiettez-vous ô vieux monts Proscrits ou morts nous reviendrons Des cachots des tombes des ondes. Nous reviendrons foule sans nombre Nous reviendrons par tous les chemins Spectres vengeurs sortant de l’ombre Nous viendrons, nous serrant les mains Les uns vêtus des blancs suaires Les autres encore sanglants Les trous des balles dans leur flanc Pâles sous les rouges bannières, Tout est fini Les forts les braves Tous sont tombés ô mes amis, Et déjà rampent les esclaves Les traîtres et les avilis Où donc êtes vous ô mes frères Fils du peuple victorieux Allant la Marseillaise aux yeux Fiers et vaillants comme nos pères Frères dans la lutte géante J’aimais votre courage ardent La mitraille à la voix tonnante Et notre drapeau flamboyant Sur les flots par la grande houle Il est beau de tenter le sort La récompense c’est la mort Le but c’est de sauver la foule, Vainqueurs sinistres et débiles Puisqu’il vous faut tout notre sang Versez-en les ondes fertiles Buvez tous à cet océan Et nous dans nos rouges bannières Enveloppons-nous pour mourir Ensemble dans ces beaux suaires On serait bien là pour dormir