Poètes et poétesses

Charles Marie René Leconte de Lisle

Élu au fauteuil de Victor Hugo en 1886, Leconte de Lisle (1818-1894) avait passé sa vie à réclamer l'impersonnalité contre l'effusion romantique.

Chef du Parnasse, helléniste et traducteur, insulaire de La Réunion monté à Paris, partisan d'une poésie sans confidence.

Charles Marie René Leconte de Lisle naît à Saint-Paul, à La Réunion, le 22 octobre 1818, dans une île où l'esclavage a cours et où sa famille est propriétaire. Il partage son enfance entre l'île et la Bretagne, et cette double appartenance ne le quittera pas : ses poèmes iront chercher leurs paysages à peu près partout sauf en France.

Venu à Paris, il milite. Fouriériste, il écrit dans La Phalange et La Démocratie pacifique en 1846 et 1847, puis prend part à la campagne abolitionniste entre 1848 et 1851. La Deuxième République le déçoit ; il quitte la politique et n'y reviendra pas.

Ce qu'il apporte tient dans un refus. Contre le poète romantique qui dit « je » et fait de son chagrin le sujet du poème, il réclame l'impersonnalité : le vers doit être impeccable, la matière prise à l'Inde, à la Grèce, aux légendes du Nord, et l'émotion tenue à distance. Poèmes antiques (1852) pose le programme, Poèmes barbares (1862) le déploie, Poèmes tragiques (1884) le durcit. À partir d'avril 1861, on se réunit le samedi chez lui, boulevard des Invalides ; il préside le comité du Parnasse contemporain, et toute une génération le tient pour son chef. Il traduit l'Iliade en 1866, l'Odyssée en 1868, puis Eschyle, Sophocle, Euripide et Horace, tout en gagnant sa vie à la bibliothèque du Sénat, où il entre le 28 décembre 1871.

Le 11 février 1886, l'Académie française l'élit au fauteuil 14, celui de Victor Hugo, mort l'année précédente. La succession a valeur de manifeste : l'adversaire déclaré de l'effusion prend la place du poète qui l'avait portée à son comble.

Il meurt à Louveciennes le 17 juillet 1894. Petit Poème réunit 35 de ses poèmes : les 20 des Poèmes tragiques (1884), les huit des Derniers poèmes, parus après sa mort en 1895, et sept des Poèmes antiques. Les Poèmes barbares n'y figurent pas encore.