Poètes et poétesses

José-Maria de Heredia

Un seul livre, cent dix-huit sonnets : Les Trophées (1893) ont fait de José-Maria de Heredia (1842-1905) le maître incontesté du Parnasse.

Poète français d'origine cubaine, archiviste paléographe de formation, dernier grand nom du mouvement parnassien et académicien.

Il naît le 22 novembre 1842 à La Fortuna, près de Santiago de Cuba, d'un père espagnol et d'une mère française, et reste sujet espagnol jusqu'à sa naturalisation en 1893. Envoyé en France pour ses études, il entre à l'École des chartes et en sort archiviste paléographe — une formation d'érudit qu'on retrouve partout dans ses vers, jusque dans le choix des noms propres.

Il se range très tôt derrière Leconte de Lisle, dont il devient le disciple le plus doué, et fréquente les salons du Paris littéraire, de celui des Heredia à celui des Pozzi, où l'on croise Dumas fils et Clemenceau. Le Parnasse lui offre exactement ce qu'il cherche : une poésie impersonnelle, ciselée, qui bannit l'épanchement romantique au profit de la forme tenue.

Ce qui le distingue de tous les autres est une lenteur. Trente années durant, il publie ses sonnets un à un en revue, les reprend, les polit, sans jamais les rassembler. Le volume ne paraît qu'en 1893, quand il a cinquante ans : ce sera son unique recueil, et il n'en écrira pas d'autre. Cent dix-huit sonnets et quatre poèmes plus longs y traversent l'histoire du monde — la Grèce et la Sicile, Rome et les Barbares, le Moyen Âge et la Renaissance, l'Orient et les Tropiques, la nature et le rêve — chaque pièce enfermant une civilisation dans quatorze vers, avec un dernier tercet qui s'ouvre presque toujours sur un vaste espace.

Le succès est immédiat et considérable. L'Académie française l'accueille dans la foulée, et il finira bibliothécaire de l'Arsenal. Ses filles épousent le poète Henri de Régnier et l'écrivain Pierre Louÿs, ce qui achève de faire de sa maison un carrefour des lettres de la fin du siècle ; l'une d'elles, Marie, écrira sous le nom de Gérard d'Houville.

Il meurt en octobre 1905 au château de Bourdonné. Sa réputation a suivi celle du Parnasse, longtemps tenu pour froid, avant qu'on ne redécouvre la densité de ces poèmes et l'art d'y faire tenir un monde. Petit Poème réunit les 122 pièces des Trophées : le recueil entier, sonnets et poèmes longs compris, dont « Les Conquérants de l'Or » et ses six cent quatre-vingt-quatre vers.