Pensif devant le destin

Victor Hugo

Le Pape — 1878

Tout ce qui pense, vit, marche, respire, passe, Va, vient, palpite, naît et meurt, demande grâce. Il n’est pas sur la terre un homme qui n’ait fait Une faute ; et le sort des neveux de Japhet C’est de souffrir ; chacun verse une larme amère, La mère sur l’enfant et l’enfant sur la mère. Pourquoi tant de détresse et de calamité ? Pourquoi le grondement du gouffre illimité ? Pourquoi le côté noir du dogme et de la bible ? Parce que nous péchons. De là l’ombre terrible, Et les religions toutes pleines d’enfers. Tous les abîmes sont à notre marche offerts. Terreur ! dit Eleusis. Damnation ! dit Rome. De la bête de proie à la bête de somme, Du soldat au forçat, du serf à l’empereur,. Tout est vengeance, effroi, haine, morsure, horreur. L’être créé n’a droit qu’à des destins funèbres ; La menace lui tend le poing dans les ténèbres. Avance, c’est la nuit. Recule, c’est l’enfer. Homme, il est Prométhée ; ange, il est Lucifer.