Ballade LV

Charles d’Orléans

Poème de la prison

Hélas ! hélas ! qui a laissié entrer Devers mon cueur Doloreuse Nouvelle ? Conté lui a plainement, sans celer, Que sa Dame, la tresplaisant et belle, Qu’il a long temps tresloyaument servie. Est à présent en griefve maladie ; Dont il est cheu en desespoir si fort Qu’il souhaide piteusement la mort Et dit qu’il est ennuyé de sa vie. Je suis alé pour le réconforter. En lui priant qu’il n’ait nul soussy d’elle, Car, se Dieu plaît, il orra brief conter Que ce n’est pas maladie mortelle, Et que sera prochainement guérie. Mais ne lui chaud de chose que lui die, Ainçois en pleurs a toujours son ressort Par Tristesse qui asprement le mort. Et dit qu’il est ennuyé de sa vie. Quant je lui dis qu’il ne se doit doubter, Car Fortune n’est pas si trescruelle, Qu’elle voulsist hors de ce monde ôter Celle qui est des princesses l’estoille, Qui partout luist des biens dont est garnie ; Il me respond qu’il est foul qui se fie En Fortune qui a fait à maint tort. Ainsi ne voult recevoir réconfort Et dit qu’il est ennuyé de sa vie. Dieu tout puissant, par votre courtoisie Guérissez la, ou mon cueur vous supplie Que vous souffrez que la mort son effort Face sur lui, car il en est d’accort Et dit qu’il est ennuyé de sa vie.