À une route

Hélène Vacaresco

Lueurs et Flammes — 1903

Route qui vas vers lui, route à l’ornière large, Puisses-tu posséder toujours des arbres frais ! Que le pas des oiseaux les plus chanteurs te charge ! Que les oiseaux pour toi désertent les forêts ! Que vers la plaine vaste où blanche tu reposes, Le fleuve alerte accoure et dise : La voilà ! Ornez ses bords, ô fleurs de joie, ô nobles roses, Et toi, fleur des longs deuils, hyacinthe, fuis-la ! Que propice aux vieillards, aux vœux voilés des vierges, Tu fasses de leurs pieds le rythme retentir ! Qu’à celui qui te suit sous les nocturnes cierges Léger soit le regret, léger le repentir ! Puisque par tes détours tu mènes ma pensée Vers la maison qui songe au bas du coteau noir. Quand la nuit te fait pâle, ô route, et délaissée. Guide donc vers mon seuil le sommeil et l’espoir !