Ne plus, ne mains ne que s’il était mort

Christine de Pizan

Cent Ballades

Hélas ! au moins se aucune nouvelle Peusse ouïr, par quoi sçeusse comment Le fait celui qui mes maux renovele, Et qui tenu l’a ja si longuement De moi loingtain, ce feist aucunement Moi resjouïr, mais nul n’en fait raport, Ne plus, ne mains ne que s’il était mort. Ne sais s’en nef, en barge, ou en nacelle, Passa la mer ou s’il va autrement ; S’en Aragon, en Espaigne, en Castelle, Ou autre part soit alé, ou briefment Ne puist venir, ou si prochainement ; Car je ne sais ou il est, n’a quel port, Ne plus, ne mains ne que s’il était mort. Ou peut être qu’il aime autre plus belle Que je ne suis, si ne lui chaut granment De revenir ; mais il n’est damoiselle Ne nulle autre, ce sais certainement, Qui jamais jour l’aime plus loiaument ; Mais que me vaut ? quant je n’en ai confort, Ne plus, ne mains ne que s’il était mort.