Rythme au papillon mort

Renée de Brimont

Mirages — 1919

Passant miraculeux, fleur bizarre et fatale, vos antennes, vos doubles pétales qu’une rose tremblante embauma longuement, lunaire papillon, chose furtive et tendre à la robe d’émail et de cendre, vos ailes désormais reposent, frêle amant qui suiviez tant et tant de méandres ! Hésitant et muet, votre vol a touché — ah ! le front endormi de Psyché sur ce nocturne seuil où se meurent des lampes ; vol hésitant et doux, muet et sinueux, vol léger dont les sillages bleus mêlent aux voluptés paresseuses qui rampent des caprices, des rires, des jeux. Vol muet et léger… Merveille des merveilles ! Tout dormait… Tout s’émeut et s’éveille lorsque vous pénétrez aux blancs jardins d’ennui ; une haleine soudain sur les corolles danse, et la lune sur l’eau se balance, et les brouillards touffus oubliés dans la nuit luisent, luisent d’étranges nuances… Et je dormais aussi quand votre aile a touché — ah ! le front endormi de Psyché, faible adorablement, virginale et captive… Et ce vol sinueux plein d’aise et de langueur a frôlé tour à tour d’autres fleurs… Et je vous ai senti comme une flamme vive palpiter, palpiter sur mon cœur ! Mais voici que défunte est l’ivresse fugace ; effacés, le sillage ou la trace des pétales de cendre et d’émail-champlevé… Et vous reposerez désormais, frêle chose, voyageur qu’embaumait une rose, dans l’immobile ardeur du poème achevé sous la lune — la lune morose.