LA ROSE ET LA FLEUR DES CHAMPS
Léocadie Hersent-Penquer
Beau papillon, amant des l'oses,
Qui t'envoles vers tes amours,
Prends garde à la tige où tu poses
Tes ailes d'or et tes beaux jours !
La rose, insensible et cruelle,
A des épines près du cœur.
La rose blessera ton aile
Et se rira de ta douleur.
De nos jardins elle est ridule;
Des palais, même, l'ornement.
Mais, hélas ! sa fraîche corolle
Cache un ver rongeur, par moment !
Ce mal secret, qui la dévore
Et dont son cœur est infecté,
Qui la flétrit, la décolore,
C'est l'orgueil et la vanité.
La main de l'homme la cultive,
Pour ses salons, pour ses loisirs.
Bientôt sa beauté fugitive
Se faije au milieu des plaisirs.
La rose, infidèle et coquette,
Prodigue au hasard ses faveurs.
C'est pour régner que Dieu l'a faite
La plus belle parmi les fleurs.
Elle a, dans sa robe de reine,
Des airs remplis de dignité ;
Pourtant la noble souveraine
Révèle à qui veut sa beauté.
Elle a, pour l'oiseau, pour l'abeille,
Pour l'insecte et le vermisseau;
Pour le buisson, pour la corbeille,
Pour la chaumière et le château ;
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Pour le zéphyr, toujours volage;
Pour l'esclave ou bien pour le roi;
Pour le fou qui l'aime, ou le sage,
Les mêmes parfums que pour toi !
Beau papillon, amant des roses,
Éloigne-toi de tes amours;
Cherche ailleurs la tige où tu poses
Tes ailes d'or et tes beaux jours !
Choisis le liseron fidèle,
L'humble pâquerette des bois.
Que la plus fière et la plus belle
Ne soit pas la fleur de ton choix !
Fille du ciel, que le ciel guide,
La fleur des champs cache aux jaloux
Sa vie innocente et timide,
Ses vœux les plus chers, les plus doux !
Le soleil, qui répand sa flamme,
De tous ses feux va l'animer :
Il l'embellit, lui donne une âme;
H 1 a fait naître pour aimer.
La modestie est l'apanage
De ses vertus, de sa bonté.
Oh ! préfère la fleur saurage,
Et la pudeur à la beauté !