Chanson triste

Marie Krysinska

Joies errantes — 1894

Dans les cyprès Que le vent du soir balance, Dans les cyprès Une voix plaintive y chante, Y chante des berceuses jolies Aux pauvres morts endormis. Elle dit aux belles, Qui sont couchées rêvant, Elle dit aux belles : « Sont partis vos amants Vers d’autres belles, Leur jurant mêmes serments. » Dans les cyprès Que le doux matin arrose. Dans les cyprès Une triste voix y cause : « Ne vous réveillez pas, Ô pauvres morts dormants. Car votre place, las ! Est prise depuis longtemps. « Rêvez du temps charmant, De vos belles années. Rêvez des frais printemps Pour toujours en allés Et de ces bouquets blancs À jamais effeuillés Avec les chers baisers Par vos fiancées donnés. » Dans les cyprès Une voix tendre y pleure, Dans les cyprès Une voix tendre y gémit. Et vous, enfants petits, Aux mères arrachés Par la méchante mort, Vous-mêmes êtes oubliés ; D’autres fils sont couchés Dans vos berceaux d’osier.