On est souvent battu pour dire voir

Christine de Pizan

Autres balades

Jadis avait en la cité d’Athènes Fleur d’estude de clergie souvraine ; Mais, non obstant les sentences certaines De leur grant sens, une erreur trop vilaine Les decepvoit, car pluseurs divers dieux Aouroient, dont aucuns pour leur mieulx Y preschierent qu’ilz dévoient savoir Qu’il n’est qu’un Dieu, mais mal en pristacieux ; On est souvent battu pour dire voir. Aristote le trés sage, aux haultaines Sciences prompt, d’icelle cité, pleine De tel erreur, fu fuitis ; maintes peines Il en souffri Socrates qui fontaine De sens était ; fu chaciez de cil lieux Pluseurs autres occis des envieulx Pour verité dire, et apercevoir Peut bien chacun que partout soubz les cieulx On est souvent battu pour dire voir. Se ainsi va des sentences mondaines ; Pour ce le dis que pluseurs ont ataine Sur moi, pour tant que paroles trés vaines, Deshonnestes et diffame incertaine, Reprendre osay, en jeunes et en vieulx, Et le Romant, plaisant aux curieux, De la Rose, que l’en devroit ardoir ! Mais pour ce mot maint me sauldroit aux yeux On est souvent battu pour dire voir. Princes, certes, voir dire est anyeux Aux mençongeurs qui veulent décevoir, Pour ce au père voit on mentir le fieulx : On est souvent battu pour dire voir.