Aux enfants

Alice de Chambrier

Au delà — 1883

Lorsque durant l’hiver, dans les soirs de tempêtes, Sur l’oreiller moelleux posant vos blondes têtes, Vous fermez vos grands yeux aux terrestres clartés, Ne songez-vous jamais, enfants joyeux et roses, Auxquels le ciel clément prodigue toutes choses, A ceux qu’il a laissés seuls et déshérités ? Et tandis qu’au-dessus de votre couche blanche, Votre mère, pensive, avec amour se penche, Comme un ange du ciel qui veille auprès de vous. Pensez-vous quelquefois aux enfances sans nombre Qui n’ont pour les garder que la nuit morne et sombre Et que le sol, au lieu de votre nid si doux ? Pensez-vous à tous ceux qui vont dans les ténèbres, Parmi les hurlements sinistres et funèbres Du sauvage ouragan qui vole avec fracas ; Qui n’ont pas d’autre lit que la neige et la glace, Qui n’ont pas d’autre toit que le brumeux espace Et dont le seul refuge est souvent le trépas ? Ne les oubliez pas, enfants, dans les prières Que vous dites avant de clore vos paupières Et de vous endormir d’un sommeil calme et fort ! Dieu prêtera l’oreille à vos voix argentines, Qui s’en iront vers lui dans les sphères divines, Comme des cygnes blancs aux grandes ailes d’or. Il doit vous écouter bien mieux que nous, sans doute, Ô petits voyageurs sur notre sombre route, Qui connaissez encor le langage du ciel ; El sa grâce descend sur votre tête blonde, Quand vos yeux, tout remplis d’une lueur profonde, S’élèvent suppliants à son trône éternel.