Le flot des lourds cheveux

Henri de Régnier

Épisodes, Sites et Sonnets — 1891

Le flot des lourds cheveux est comme un fleuve noir Sous un ciel sans étoile et sans nuit de Chaldée, Et le berger qui rôde seul parmi le soir Ignore à quel destin sa détresse est gardée. La chair triste qui fuit l’étreinte et le miroir Semble avoir peur d’offrir, stérile et dénudée, Son mensonge à des yeux avides de la voir Et tremble d’être nue aux mains qui l’ont fardée. Cet amour qui fut un orgueil à se sourire Est mort et le vieux songe élargi pour empire D’un pays de bleus paons, de fleurs et de forêts ! Un mutuel frisson traverse nos paniques À qui l’allongement de l’ombre des cyprès Signale l’eau d’oubli des Léthés fatidiques.