Ballade LVI
Charles d’Orléans
Poème de la prison
Sitost que l’autre jour j’ouï
Que ma souveraine sans per
Estoit guérie, Dieu merci,
Je m’en alay sans point tarder
Vers mon cueur pour le lui conter ;
Mais certes tant le desiroit,
Qu’à paine croire le povoit,
Pour la grant amour qu’a en elle,
Et souvent apar soi disoit :
Saint Gabriel, bonne nouvelle !
Je lui dis : mon cueur, je vous pry,
Ne veuillez croire ne penser
Que moi, qui vous suis vrai amy.
Vous veuille mensonges trouver,
Pour en vain vous reconforter.
Car, trop mieulx taire me vaudroit.
Que le dire se vrai n’estoit ;
Mais la verité si est telle.
Soyez joyeulx comment qu’il soit.
Saint Gabriel, bonne nouvelle !
Alors mon cueur me respondy :
Croire vous vueil sans plus doubter,
Et tout le courrous et soussy
Qu’il m’a convenu endurer,
En joie le vueil retourner ;
Puis après, ses yeux essuyoit
Que de plourer moilliez avoit,
Disant : il est temps que rappelle
Espoir qui delaissié m’avoit.
Saint Gabriel, bonne nouvelle !
Il me dit aussi qu’il feroit,
Dedans l’amoureuse chapelle,
Chanter la messe qu’il nommoit
Saint Gabriel, bonne nouvelle.