Baif, qui, comme moi, prouves l'adversité

Joachim du Bellay

Les Regrets — 1558

Baïf, qui, comme moi, prouves l'adversité, Il n'est pas toujours bon de combattre l'orage, Il faut caler la voile, et de peur du naufrage Céder à la fureur de Neptune irrité. Mais il ne faut aussi par crainte et vilité S'abandonner en proie : il faut prendre courage, Il faut feindre souvent l'espoir par le visage, Et faut faire vertu de la nécessité. Donques sans nous ronger le cœur d'un trop grand soin, Mais de notre vertu nous aidant au besoin, Combattons le malheur. Quant à moi, je proteste Que je veux désormais fortune dépiter, Et que si elle entreprend le me faire quitter, Je le tiendrai, Baïf, et fût-ce de ma reste.