PREMIÈRE AMITIÉ

Léocadie Hersent-Penquer

! Je n'avais qu'une amie à qui, dès mon enfance, I J'allais le cœur ouvert et plein de confiance. Elle était bonne et belle, oh ! belle à nous ravir ! ? Ses grands yeux bleus brillaient de l'éclat du plaisir il Quand elle demandait un mot, une caresse, 1 Et que, nous regardant avec plus de tendresse J Encore, elle venait s'asseoir auprès de nous, 2 Son coude dans sa main, sa main sur nos genoux. 2 Son col long, gracieux, comme celui d'un cygne, 4 Avait, près des cheveux, un charmant petit signe : 1 On eût dit une mouche avide dans du lait j Et palpitante encor quand son col ondulait; 1 Car tout vivait en elle : arbuste plein de séve, îj En elle, tout était ardeur, plaisir ou rêve; J Le duvet, sur sa lèvre, avait l'air de jouir, i Et la fleur, sur son sein, semblait s'épanouir. J L'écrin resplendissant qui brillait dans sa bouche, Comme un clavier vibrant aussitôt qu'on y touche, Ou bien comme un écho vibrant au fond des bois, En prolongeant le son, adoucissait la voix, Et, lorsqu'elle chantait, on eût dit quelque chose De doux comme un zéphyr qui caresse une rose. Sa robe était toujours blanche à liséré bleu; Cela lui seyait bien et puis c'était un vœu. Je ne comprenais pas qu'on pût être aussi belle ; J'étais fière d'aimer, d'admirer tout en elle : Son esprit, sa beauté, son regard, tour à tour, Et cette amitié là fut mon premier amour. Tout ce qu'elle disait me semblait doux à dire : C'était pour l'imiter que j'apprenais à lire, Tout en suivant des yeux son doigt sur l'alphabet, Lorsque j'avais cinq ans et qu'elle en avait sept. Dans mes jeux elle avait toujours la préférence : Moi, j'étais la sujette; elle, reine de France ! Elle est morte à présent ! Oui, morte!. Quelquefois, Quand la nuit est paisible et calme, je la vois Avec ses blonds cheveux et ses voiles d'archange, Blanche, rose, sereine et pure comme un ange. Elle ne parle pas, hélas ! non ! mais sa main, Du séjour des élus, me montre le chemin ! 0 Pauline !. elle avait ce doux nom.-O Pauline ! fe souviens-tu, là-haut, de la verte colline J)il nous allions, le cœur content, le cœur joyeux, iroi, ta main dans ma main, moi, mes yeux dans tes yeux ? Vil nous allions rêver à de si douces choses, Assises sur la mousse et les bruyères roses ? àù nous allions chercher du mil pour nos oiseaux, Ct du foin, frais coupé, pour nos petits agneaux? pe souviens-tu de l'humble et modeste chapelle ijui reçut nos serments de tendresse éternelle, )ù nous demandions tant à Dieu de nous unir 3)ans la même existence et le même avenir?